sensibilités algorithmiques
2017 10 31 second post

What if ?

Nous avons commencé notre recherche en participant au lancement de la consultation publique du CNNum, le 10 Octobre au Liberté Living Lab. Les intervenants ont plutôt bien réussi à expliquer les enjeux de la consultation, à canaliser la frustration du public à l'égard de la toute-puissance des plateformes, à témoigner de l'urgence d'une action collective pour faire émerger un contre-pouvoir.

Au médialab, on n'était pas totalement prêts. Il s'agissait d'annoncer notre projet de recherche à venir. Il porte sur une méthode pour faire surgir les inquiétudes du grand public face aux algorithmes qui le calculent.

Voir la vidéo ici :

 

J'ai commencé mon intervention en montrant trois traces numériques qui témoignent d'une sensibilité individuelle aux calculs algorithmiques.

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Quelqu'un se plaint sur twitter que son date sur grindr se retrouve en suggestion d'amis sur facebook ; une personne poste sur fb "facebook me propose de la pub pour des sous-vêtements harry Potter... Je ne sais pas comment le prendre" ; quelqu'un raconte sur reddit des changement de prix inexpliqués d'articles et demande des explications...

Nous avons placé notre recherche volontairement du côté de ce public quasi absent : des utilisateurs qui ne savent pas se faire entendre et ont peu d'intérêt à participer à la lutte. Nous aussi sommes les spectateurs un peu stupéfaits des capacités des GAFA à nourrir leurs algorithmes sophistiqués avec nos données, mais aussi des moyens tout aussi sophistiqués qu'il faut mettre en oeuvre pour comprendre leur fonctionnement et les contrer.

Une affaire de spécialistes dont nous ne faisons a priori pas partie, et une situation de travail super intéressante.

Comment devient-on un public attentif aux effets des calculs algorithmiques ? La présentation au Liberté Living Lab était déjà un dispositif de mise en public. Les gens assis sur des bancs dans la pièce aux murs blancs écoutaient les intervenants, installés sur la scène dans un canapé, micro en main, qui commentaient des diaporamas ou des vidéos. Dans un deuxième temps, le lieu se transformait en atelier. Nous étions invités à donner notre avis sur les trois défis proposés par le CNnum en inscrivant des idées sur les paperboards posés dans chaque coin de la pièce. A travers la scénographie de l'événement, nous formions déjà un public concerné par un problème, même s'il s'agissait d'experts. Le public, grand ou petit, est aussi une question de dispositif.

D'où notre une proposition de recherche pensée comme un dispositif qui permette à la fois d'analyser les formes d'expression de sensibilités algorithmiques, et d’intervenir sur leurs effets dans la constitution de collectifs.

Dans la suite de mon intervention, j'ai présenté notre objet de recherche en un mot : le glitch. Selon Wikipedia, "A glitch is a short-lived fault in a system, such as a transient fault that corrects itself, making it difficult to troubleshoot. The term is particularly common in a computing and electronics industries, in circuit bending, as well as among players of video games. More generally, all types of systems including human organizations and nature experience glitches."

Des anomalies signalées par des utilisateurs de plateforme amusés ou en colère, mais aussi à la base d'analyses de chercheurs. La plupart du temps on ne les voit pas. Notre oeil corrige, et les élimine de notre champ visuel.

Si on sait les observer, les glitchs fournissent une entrée dans des infrastructures des données qui restent invisibles sauf quand elles dysfonctionnent (voir Star & Ruhleder 1996).

A partir des premières images que nous avons collectées, nous avons essayé de donner une existence positive aux glitchs en en créant une typologie.

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Nous proposons quatre types de phénomènes :

  • Les anomalies visuelles, comme des glitchs de jeux vidéos, ou ce robinet, dans des toilettes publiques à Las Vegas support à de la publicité dont on n'est pas censé voir qu'il s'agit d'un ordinateur (mentionné dans l'article you already live in a computer).
  • Les anomalies "pop-up" qui apparaissent sur notre écran pendant la navigation.
  • Les anomalies liées à l'instabilité inattendue d'objets comme des prix ou des métriques.
  • Les anomalies liées à l'effet d'incarnation des algorithmes en êtres avec lesquels on peut discuter mais qui se comportent bizarrement.

Nous nous sommes également demandé à quel type d'expérience, de récit, ces glitchs correspondent du point de vue de l'utilisateur. Nous en avons trouvé trois pour l'instant :

  • la mise en relation mystérieuse (exemple)
  • le renvoi d'une image inappropriée
  • une incertitude vis-à-vis des règles d'une transaction, donc un questionnement sur la distribution de la capacité d'action entre les participants de la transaction (humains et non-humains).

Qu'est-ce que ça donnerait si on regroupait des phénomènes différents sous le même terme de glitch, en les associant du coup à une histoire et une matérialité, un mode de capture et de partage, plutôt qu'à un problème technique ou un problème de régulation et de politique ? Une recherche spéculative sur le mode du "what if ?", plus intéressée par les conséquences de ce recadrage que par les causes du phénomène.

Suivez cette recherche ici.

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