sensibilités algorithmiques
2017 12 15 third post

Exercice pour repolitiser notre attention

Comment décrire l'agency d'un algorithme ?

Nous avons collecté jusqu'à présent deux types d'artefacts qui témoignagent de la sensibilité du public aux calculs algorithmiques :

  • Des tweets constitués la plupart du temps d'images de glitchs "sauvages" repéré par des internautes (voir le compte twitter @algoglitch).
  • Des affaires rapportées par la presse. Nous avons complété et filtré un recueil de cas collecté par le Conseil National du Numérique qui concerne autant les conditions générales d'utilisation, que le droit du travail ou les politiques éditoriales des plateformes, et qui est un répertoire des problèmes politiques, sociaux ou juridiques posés par les plateformes.

Comment les médias rendent-ils compte des dysfonctionnements des calculs algorithmiques ? Comment et par qui est représenté le public concerné par ces affaires ? Quel espace politique ouvrent-elles ? Comment les responsabilités sont-elles réparties ? L'idée est d'exploiter ces exemples de dysfonctionnement pour rentrer dans la boite noire des calculs et de leur conséquences.

Nous avons organisé le 7 décembre un atelier avec l'équipe du Conseil National du Numérique, qui en parallèle, se demande comment classer ces cas de manière à en faciliter l'accès et l'exploration. Le protocole proposait à chaque participant.e de écrire un cas qu'elle.il avait choisi, sur un modèle de représentation graphique (template).

On a appelé ce template DAVC pour Dénonciateur - Agent - Victime - Cause, quatre types d'actants qu'on propose d'identifier et de représenter dans l'espace cartographique. Ce modèle est basé sur le travail de Luc Boltanski dans un article de 1984 intitulé La dénonciation.

"Une dénonciation instaure, en effet, un système de relation entre quatre actants : 1) celui qui dénonce ; 2) ceui en faveur de qui la dénonciation est accomplie ; 3) celui au détriment de qui elle s'exerce ; 4) celui auprès de qui elle est opérée. Pour simplifier la suite de l'exposé (et sans ignorer les risques de schématisation et de réification inhérents à toute dénomination lapidaire) on parlera, par convention, de dénonciateur, de victime, de persécuteur et de juge [...]."

Un post à venir de Dominique Cardon détaillera davantage les tenants et les aboutissants de cette typologie. En attendant, quelques mots sur le template et les résultats de l'atelier en image.

image

Le template s'intéresse à la représentation de l'espace de la dénonciation, pour reprendre les termes de Boltanski (qui d'ailleurs propose aussi des représentations graphiques dans son article). Il permet d'utiliser un vocabulaire spatial pour qualifier les actants et leurs relations :

  • Placement des actants dans l'espace et positions relatives (proximité ou éloignement),
  • Séparation de l'espace en zones (cadrants) partagés ou non par les actants,
  • Echelle selon laquelle les actants sont proches ou éloignés du centre. On l'a appelé "identifiabilité" - l'actant est-il générique et flou ou bien précis et localisé donc identifiable ?
  • Enfin, la personne qui réalise la cartographie construit un point de vue depuis laquelle elle·il regarde l'espace de la dénonciation : la cartographie est donc le support de la construction d'un récit qui met en jeu les différents actants, leur rôle, et leurs capacités d'actions, qu'ils soient humains ou non-humains. Ce récit est à la fois une analyse du discours médiatique et un test du modèle DAVC, de son efficacité politique, c'est-à-dire sa capacité à intepréter l'affaire au profit d'un public concerné par les prises de décisions des algorithmes, pas uniquement dans la situation particulière où ceux-ci dysfonctionnent.

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